Ce qui frappe chez Desserprit, avant toute rencontre avec son art, c'est la parole. Harmonieuse et poétique, précise, nuancée, abondante, elle sort tout d'un jet, sans retouche, développant les idées avec l'apparente facilité qui témoigne d'une longue réflexion. Cet art du verbe révèle, en premier lieu, un besoin essentiel de s'exprimer. Desserprit travaille beaucoup, tenaillé par une avidité de communication et de recherche qui ne décroît pas avec le temps et l'a amené à multiplier les expériences, les techniques, les matériaux. Ce désir tenace, il le résume ainsi : « le travail est ma ferveur et mon plaisir. Je suis très équilibré lorsque je travaille ; en dehors, je ne fais que rêver ».

 

          Le discours plein d'humour, rend compte également de la lucidité de ceux pour qui les mots ne sont pas un paravent entre l'apparence quotidienne et la réalité profonde. S'il reconnaît avoir la notion romantique du culte du moi, c'est à son plus haut niveau, qui exige honnêteté et sévérité. Lorsqu'il dit aimer l'une de ses œuvres, et ce n'est pas toujours le cas, il s'agit de la satisfaction intime d'une idée clairement exprimée, d'un acte réussi, confinant à l'expression la plus achevée de la nature qu'il conçoit comme parfaitement équilibrée. C'est ainsi que le terme de créateur le laisse sceptique, il préfère voir dans l'artiste un inventeur qui ajoute sa part à l'acquis intellectuel et esthétique de l'art universel. Il sent peser sur ses épaules le poids des connaissances antérieures et choisit, non pas de les transformer, mais de les restructurer, de les enrichir.

 

          Sa première admiration, Rouault, témoigne d'une instinctive et vitale attirance vers l'expressionnisme qui demeurera, tout au long de son oeuvre, sous-jacente, avant comme après le temps des Réalités nouvelles. On ne peut dissocier la période au cours de laquelle il parle le langage de l'abstraction géométrique de ses tendances mystiques au sens où elles sont une contemplation qui unit l'homme au sacré. L'application des règles du nombre d'or représente pour lui la symbolique qui est l'un des aspects du sacré, une perfection de l'équilibre, et l'on sait qu'il ne fut pas le seul en son temps. A travers certaines de ses oeuvres, et non pas seulement celles présentées aujourd'hui, on ressent la fascination que peut exercer la forme théorique la plus parfaite et la symétrie qui est pour lui de nature religieuse.

 

          C'est pour transcender ce niveau d'expérience qu'il fera dans l'espace le choix d'une aventure spéculative. Le désir effréné de connaissance l'entraîne dans une fuite en avant vers l'espace, espace plastique et dynamique de la sculpture, espace matériel qui environne de mystère et d'aventure notre monde. L'aventure est découverte, façon de quitter un univers théorique pour retourner dans l'imaginaire. Les « vaisseaux » qui le conduisent ainsi hors du domaine des connaissances immédiates, il dit les avoir inventés plus que créés. Ce sont, pour citer ses paroles : « de petits appareils formels que l'on rend emblématiques parce que l'on est artiste, et non fonctionnels dans la mesure où l'on n'est pas scientifique. On ne peut donc que supposer des objets ».

 

          Mais le passage du sensible au théorique, du théorique au spéculatif, puis le retour au sensible ne se font pas sans risquer les meurtrissures mentales et morales qu'évoque pour lui l'œuvre de Rouault. Desserprït n'en poursuit pas moins, à travers d'autres recherches, le chemin de l'homme qui tend à envisager l'univers.

 

Jean-François GARMIER

                          Desserprit. Artiste ! 

           Un professeur chalonnais traçait ainsi la voie de celui qui n'était encore qu'écolier. Artiste, il l'est dans son travail bien sûr, mais par-dessus tout dans son existence même, continuelle recherche, au travers des formes d'expression très diverses, d'un idéal de beauté, de vérité, d'ordre et de justesse. Là vie en a fait un peintre et sculpteur, il aurait aussi bien pu devenir poète ou musicien. Il fut tenté par le genre.